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The Watergaw 

vendredi 13 septembre 2013, par Hugh MacDiarmid (1892-1978)

Voici le plus célèbre poème de Hugh MacDiarmid, ce personnage haut en couleurs de la Renaissance écossaise au XXe siècle. Son engagement radical s’est manifesté, politiquement, dans son nationalisme et son communisme non dépourvus de provocations, et surtout dans la poésie.

A l’instar des Romantiques allemands qui entendaient retrouver le génie de leur langue, MacDiarmid voulut faire renaître de ses cendres une Écosse culturellement laminée par la domination anglaise depuis plusieurs siècles.

Aussi rechercha-t-il une langue expressive, qui ait gardé les ressources d’un vocabulaire effacé par l’usage de l’anglais. En toute logique, il eût dû promouvoir le gaélique, mais il choisit comme langue nationale un ’écossais’ parlé depuis sept siècles et d’origine teutonique appelé the inglis ou the doric.

Même s’il ne s’y tint pas toute sa vie, c’est dans cette langue (un "écossais synthétique", dit Kenneth White) qu’est écrit The Watergaw. Le nom du titre est idiomatique, c’est-à-dire qu’il réfère à une réalité propre à l’Écosse. Watergaw désigne un de ces bouts d’arc-en-ciel qui se montrent furtivement entre deux nuages dans ces ciels d’Alba (ancien nom du pays, de al ’hauteurs’ et ban ’blanches’) changeants comme des micaschistes.

Pour découvrir l’œuvre de MacDiarmid, nous ne saurions trop conseiller le long chapitre que Kenneth White lui consacra dans L’Esprit nomade (Grasset, 1987).

Régis Poulet

The Watergaw

Ae weet forenicht i’ the yow-trummle
I saw yon antrin thing,
A watergaw wi’ its chitterin’ licht
Ayont the on-ding ;
An’ I thocht o’ the last wild look ye gied
Afore ye deed !

There was nae reek i’ the laverock’s hoose
That nicht — an’ nane i’ mine ;
But I hae thocht o’ that foolish licht
Ever sin’ syne ;
An’ I think that mebbe at last I ken
What your look meant then.

Hugh MacDiarmid : The Watergaw, from Sangschaw, 1925


One wet, early evening in the sheep-shearing season
I saw that occasional, rare thing —
Broken shaft of a rainbow with its trembling light
Beyond the downpour of the rain
And I thought of the last, wild look you gave
Before you died.

The skylark’s nest was dark and desolate,
My heart was too
But I have thought of that foolish light
Ever since then
And I think that perhaps at last I know
What your look meant then.


Une avant-nuit humide de la saison de tonte
J’ai vu cette chose rare —
Un fragment d’arc-en-ciel et sa lumière tremblante
Au-delà de la pluie qui tombait
Et j’ai songé à ton dernier regard fou
Avant de mourir.

Le nid de l’alouette était sombre
Et désolé — Mon cœur aussi
Mais j’ai pensé à cette lumière insensée
Depuis lors
Et je crois que j’ai peut-être compris
Ce que ton regard disait.

(trad. Régis Poulet)


Pour écouter Hugh MacDiarmid lire son poème, suivre ce lien.

P.-S.

En logo : portrait de Hugh MacDiarmid par William Crosbie (1915–1999).

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