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Actualité du Maître et Marguerite et de Mikhaïl Boulgakov
en janvier/février 2013 à Paris 

Non à la privatisation du domaine public par la Bibliothèque Nationale de France !
POUR S’INFORMER CLIQUER AU-DESSUS / PUIS PROTESTER CLIQUER AU-DESSOUS :
Pétition.

mardi 22 janvier 2013, par Louise Desrenards

Sur l’actualité et les adaptations théâtrales du roman Le Maître et Marguerite (1928-1940) de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), et leur actualité à Paris au début de l’année 2013. Considérations à propos du renversement carnavalesque de l’histoire et de la puissance, en sorte de société des humains et de leurs croyances. Et à propos des métamorphoses aléatoires du monde cosmique que nous habitons de plusieurs façons dedans et dehors, dans le flux universel des rythmes illimités.



À la double Marguerite, compagne du Docteur Boulgakov
ou sorcière, que le temps ne dédouble.


 {} (} {} () () (} (} () Ce que nous avons fait là dans La Revue des Ressources est une version inédite — nous verrons pourquoi — de la traduction proposée par ebooks libres et gratuits depuis 2006, et dont bien sûr nous donnons tous les liens dans les espaces de publication requis. L’actualité immédiate de ce livre est son adaptation par le britannique Simon McBurney pour une dramaturgie de plus de trois heures, laquelle après avoir été jouée à Londres et dans différentes villes d’Europe puis au Festival d’Avignon l’été dernier sera enfin présentée dans la région parisienne à partir du 2 février 2013. L’actualité du livre c’est encore le dernier album de Patti Smith, Banga, publié en juin 2012. Auparavant l’ouvrage avait inspiré, dit-on, Les versets sataniques de Salman Rushdie (1988), et notamment en 1968 le rock’n roll song Sympathy for the Devil, chanson clé de l’album Beggars Banquet des Rolling Stones alors sous l’influence de William S. Burroughs, qui dix ans plus tôt avait écrit Le festin nu (1959) [1] interdit de 1962 à 1966 aux États-Unis (dans le Massachusetts) ; dès le titre de la préface, « Témoignage à propos d’une maladie », cet ouvrage paraît connoté par la nouvelle Morphine de Mikhaïl Boulgakov [2] paru en 1927 dans une revue médicale, puis interdit [3]. Boulgakov commença par être médecin [4] et à ce titre réquisitionné comme réserviste de l’armée tsariste pour être envoyé dans un hôpital civil provincial, pendant la première guerre mondiale, il devint morphinomane dû à un traitement subi pour vaincre une allergie, et sans aucun doute entre 1916 et 1919 [5]. Aucun rapport avec cela (du moins pour l’instant) : Le Maître et Marguerite aurait également inspiré le théâtre de l’absurde, Samuel Beckett en particulier, et d’autres parmi lesquels... jusqu’à Vladimir Nabokov (peut-être). Et la drogue pour autant qu’il y en eût n’explique pas le roman. L’entropie de la déraison environnante hors d’échelle le situerait mieux, si on lit la présentation d’Hélène Châtelain [6]

Avec Le maître et Marguerite, au-delà de son propre temps voici « la » gigantesque fable du nôtre.


Mikhaïl Bulgakov The Master and Margarita

Translation from Russian into English
by Michael Karpelson
Lulu Press, Raleigh, N.C. (Oct. 2006)
—  front cover by Andrei Nabokov —
Source worldcat.org


Ce livre est un ouvrage inachevé, non parce qu’il fut considéré clos d’office plutôt que par vocation suite à la mort de son auteur (la vie n’est pas illimitée, peu importe qu’on la considère comme un algorithme ou un accident), alors qu’il y travaillait encore peu de temps avant. Ce qui laisse toujours penser que dans l’ouvrage il restât quelques détails à régler pour atteindre la perfection de l’œuvre, et même si l’ouvrage était dans l’autre cas, il se trouverait encore davantage que l’aléa ressortît comme le corps propre du sujet de l’ouvrage — matière et écriture. La libre aventure du texte organique de la vie de l’auteur à être advenu en multiple événement, par épisodes interrompus au long d’un fil toujours repris, au rythme de la succession de ses épouses et du chaos contextuel de sa santé et de sa carrière sous surveillance, des œuvres épisodiquement saisies chez lui lors de perquisitions, celles jetées (l’auteur en 1930 dans une lettre de protestation au pouvoir évoque le début d’un roman sur le diable dont il aurait jeté les manuscrits — et donc il l’aurait repris d’où la datation ; (à la fin de l’ouvrage il est question d’un livre retrouvé miraculeusement sauvé des flammes) : un fil de Pénélope en zigzags de sa main vivante, puis de celle attentive de sa dernière épouse devenue à juste titre son exécutrice testamentaire (sous la dictée de son compagnon voyant de moins en moins clair elle avait noté les ultimes modifications). La version de 1940 publiée en 1973 par Anna Saakyants et enfin celle intégrale de tous les documents existants connus censurés ou non censurés, rassemblée et publiée en 1989 par la femme de Lettres, Lidiya Yanovskaïala, qui demeurent à faire acte de l’ouvrage définitif aujourd’hui, ne résolvent rien sur l’achèvement d’une telle œuvre, bien au contraire...

Ces événements de l’édition qui nous émerveillent et purent nous confondre d’émotion ne sont jamais parvenus à lever l’énigme de la finition aléatoire de ce livre, rien n’étant résolu sur l’intention ni sur le mode d’écriture fragmentée, en longue durée d’un seul ouvrage, dont chaque modification l’a fait conférer à une métamorphose, (du moins sous le même titre et avec les mêmes personnages). Ce n’est même pas une allégorie, par exemple du bien et du mal, ce qui supposerait un minimum de stabilité que le roman ne présente pas, puisque les mêmes peuvent y accomplir indifféremment le pire ou le meilleur (par rapport aux autres). C’est le contraire d’un monde fini sinon par la fin venue d’ailleurs, à l’inverse d’un Proust filant la durée du grand œuvre dans la révélation d’un monde littéraire social œuvre par œuvre, achevé par lui-même au terme du dernier ouvrage parfaitement maîtrisé.

Ni sur le sens ni sur la forme, on ne peut décider ; il est toujours possible de supposer qu’il pût demeurer des manuscrits disparus et en outre de quoi, également possible d’alimenter des actes d’art tels que Marcel Duchamp put en accomplir en trompant les institutions, à propos de fausses archives parfaitement simulées (du moins est-ce dans l’imaginaire magique à propos de Duchamp). Si on dit cycle et retour, disparitions et métamorphoses, réapparitions et changement, c’est qu’on parle des cycles reproductibles ; mais tout en même temps ces cycles ne sont pas reproductibles dans la diversité de leur mode de réapparition, un peu comme la société de la Russie impériale ne re-naquit pas — ne pouvait pas renaître — à la fin de la dictature du prolétariat soviétique, mais une société nouvelle. Donc un livre forcément inachevé même s’il a pris forme plusieurs fois de suite, et une fois pour toutes par la dernière publication venue de la Russie « libérée » de la dictature et qui ne pourrait donc en être une — a fortiori en version posthume.

C’est aussi de cela que l’ouvrage nous parle, le temps parti pour toujours et celui qui revient toujours, jamais avec le même éclairage, jamais comme la simple émergence d’un mode de vie immémorial — mais la vie elle-même comme changement indécidable,— et pourtant le cycle.

Le contexte de Boulgakov, fut-il inspiré par le grand chamboulement de la drogue dans le grand chambardement de l’histoire soviétique, c’est que Staline le tolérait, peut-être aussi parce que dans les années de la révolution léniniste une des principales préoccupations de Boulgakov fut plutôt que s’impliquer au premier plan des artistes révolutionnaires, quoiqu’il ne tarda pas à devenir un membre du parti (en 1922) lorsqu’il renonça à la médecine, se mettant hors du royalisme des blancs, après ses premières expériences d’écriture comme journaliste : d’avoir été un médecin au contact de la chair meurtrie et de la misère sociale dans les dernières années de la Russie tsariste et au début de la révolution, jusqu’à en avoir été victime de maladie par deux fois (la dernière ce fut un typhus, en 1920). Avec la difficulté supplémentaire d’avoir du trouver quotidiennement la drogue nécessaire pour couvrir ses états de manque puis de se désintoxiquer (son épouse de l’époque raconta ensuite que l’année où il parvint à se désintoxiquer — en 1918, — il en était à deux piqûres par jour), au lieu de continuer à faire le feu avec les blancs. Ce qui, en réalité et contre toute logique de ses débuts plutôt réactionnaires jusqu’au commencement de la guerre civile, (mais il désapprouva les pogroms des juifs commis par les nationalistes, — dans La garde blanche, il en relate un meurtre dont il a été témoin), l’aurait rendu politiquement moins compromis. C’est-à-dire moins vulnérable que d’autres sans ambages exposés en matière d’action révolutionnaire, avant pendant et après octobre 1917, aux yeux du futur dictateur communiste qui fera disparaître les prédécesseurs en utopie sociale et en théorie et pratique de la révolution ? À moins que Staline fut atteint par la disparition de Maïakovski au point d’empêcher Boulgakov d’émigrer, c’est-à-dire lâchant du lest quand un signe de celui-ci lui donnait à comprendre que non seulement il était empêché de publier mais également d’écrire.

Alors qu’édité et réédité sous diverses formats partout dans le monde, ce livre demeure néanmoins le jardin secret des initiés élargi au second cercle et même au troisième : il est temps de rendre aux « larges masses » la connaissance de ce roman complexe aux vertus populaires d’un classique de la littérature internationale, à l’égal des simples contes qui parvinrent à nous faire entendre quelque soit le pays et la classe sociale (accédant au minimum culturel écrit ou oral), le mal ou la cruauté la violence et l’amour abstraits de la nature et de la société.

On revient sur l’adaptation théâtrale actuelle de ce texte par Simon McBurney (loin d’être le premier à l’avoir adapté pour le théâtre, mais immédiatement contemporain il fait événement pour de justes et fortes raisons), après qu’il rencontrât le succès au Festival d’Avignon, mais encore une fois pour une élite internationale : vient enfin le moment où cette performance va être représentée dans un espace plus « démocratique » à Paris (dans la région parisienne — en banlieue — pour être plus précis), en ce début de 2013. La première représentation sera le jour de la Chandeleur — celui où l’on retourne les crêpes [7], (à Bobigny, MC 93, les 2 et 3 février puis du 6 au 9 février).

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Le Maître et Marguerite
@ MC 93
1, boulevard Lénine 93000 Bobigny
Bobigny - Pablo Picasso - Ligne 5
Bobigny - Pablo Picasso - Ligne 1

Le 2 février 2013 - 20h30
Le 3 février 2013 - 15h30
Du 5 au 9 février 2013 - 20h30

Prix : de 9 € à 27 € [retour]


© Andrei Nabokov 2007
Mikhaïl Boulgakov Le Maître et Marguerite (chap. IV)
Illustration pour l’édition
Michael Karpelson / Lulu Press (2006)
Source graphic.org.ru


 {} {} {} {} {} {} {} {} La petite fenêtre en cour anglaise d’un immeuble sur rue à Moscou, évoquée par Hélène Châtelain, traduit l’effet de rumeur sur un auteur toujours diabolisé dont les lieux seraient toujours hantés, selon certains moscovites.

Régulièrement des espaces dédiés à Boulgakov ou à son chef d’œuvre sont vandalisés par les activistes d’une secte de chrétiens orthodoxes, dits intégristes (peut-être pour rassurer sur le peu), qui l’assimilent lui-même à Satan. Ce qui en dit long sur l’impuissance de l’église orthodoxe pendant le régime soviétique car elle ne put empêcher par exemple cet ouvrage de s’écrire ni surtout d’avoir été partiellement publié, et sa puissance retrouvée dans le régime actuel de Poutine, puisque c’est à cette institution religieuse que les Pussy Riot doivent d’être maintenues en prison après s’être livrées à une performance critique en pleine église, ce qui pourrait les faire situer en regard des situations sataniques dans l’ouvrage de Boulgakov. Pour Mikhaïl Boulgakov, l’État actuel assure pourtant le minimum de son devoir en officialisant musées et fondations d’initiatives éventuellement privées, quoique sans les protéger particulièrement. Cela convient au destin posthume des poètes, mais surtout dans la situation précise de notre temps, cela révèle aussi en quoi un descendant du système policier stalinien au pouvoir actuel de la Russie développe contradictoirement de l’histoire moderne de la connaissance (où l’idéologie qui dut être combattue d’abord fut celle de la religion despotique et de la hiérarchie divine et de sang) le néo-libéralisme en s’adossant à la droite religieuse qui avait connoté l’arriération populaire et l’abus de pouvoir à la fin de la Russie tsariste.

Nous devons expliquer pourquoi nous parlons de publication inédite alors qu’il s’agit d’une traduction rendue disponible par « ebooks ibres et gratuits » sur Internet depuis 2006. Parce que la publication en série de ce texte constitue une édition originale. L’objet est de permettre une lecture progressive adaptée au peu de temps quotidien dont les internautes disposent pour lire aujourd’hui. En cinq épisodes arbitrairement découpés — mais réfléchis en volumes équilibrés les uns par rapport aux autres — nous proposons le livre intégral dans un mode d’apparition qui ne contredit pas celui épisodique sous le régime duquel il fut originalement publié par fragments, selon les aléas du temps de son auteur (et certains fragments restés inédits d’autres jetés), jusqu’à la première édition posthume, dans les années 1970, faisant acte d’un tout rassemblé par sa veuve. Cette déconstruction du livre en cinq épisodes n’en reconstruit ni n’en recompose les parties (qu’on dit au nombre de trois), mais le rend cognitif. Chaque épisode contient respectivement des chapitres du texte intégral et présente leur contexte en pied de page — l’ensemble de la table des matières de l’édition de l’ouvrage telle que proposée en entête de la version de « ebooks libres et gratuits ». La traduction singulièrement libre de droits est pourtant relativement récente — 1967, publiée dans la collection Bouquins chez Robert Laffont en 1968. Cette traduction fut révisée par le traducteur avec Marianne Gourg pour une nouvelle version parue dans la même collection chez le même éditeur en 1993. C’est aujourd’hui la version de 1993 qui fait acte de la première version officielle en français chez Robert Laffont ; la version publiée en 1968 a été abandonnée, c’est celle à laquelle la source de l’ebook donne accès, celle que nous présentons.

L’ouvrage intégral en série à raison de cinq épisodes (un volume par jour à partir du 22 janvier) permet une impression volume par volume (qui est moins difficile à réaliser que celle de l’œuvre non fractionnée), avant la représentation de l’adaptation théâtrale au début de février. Ainsi il deviendra possible de comparer cette version non seulement avec celle de l’adaptation théâtrale mais encore avec la version commerciale actuelle [8].

Nous proposons une iconographie thématique avec un artiste dédié qui accompagne cette diffusion.

Surtout, Hélène Châtelain nous offre une présentation inédite (qui sera suivie d’une postface) où elle évoque le sens de l’ouvrage dans son contexte historique, ce qui n’est pas banal. [retour]

Car personne n’ose revenir sur la période stalinienne en général concernant la créativité littéraire (la preuve qu’il en fut autrement), et en particulier à propos d’un auteur comme Boulgakov, notamment ami de Maïakovski, le grand poète futuriste apprécié par Staliine mais qui le trahit en se tirant une balle dans le cœur pour d’autres raisons, et contradictoirement actif dans la société des écrivains, au théâtre des arts (alors dirigé par Stanislavski avec lequel il ne s’entendît pas remarquablement bien), et à l’opéra de Moscou, en plein office du réalisme soviétique stalinien. Boulgakov bien que censuré paraît être demeuré relativement respecté (c’est-à-dire non réprouvé) dans sa singularité, par Staline, qui interviendra même à la fin de son règne pour faire réhabiliter et jouer l’adaptation théâtrale de La Garde blanche [9], (un des plus grands sinon le plus grand succès théâtral de Boulgakov en URSS, sous le titre Les Jours des Tourbine), même si c’était son propre régime qui avait fait interdire la version romanesque. Boulgakov souvent mis au silence fut pourtant politiquement et socialement toléré ici ou là, contrairement à plusieurs de ses amis dont deux d’entre eux, parmi lesquels la poétesse Anna Akhmatova, ne purent venir le saluer à Moscou une dernière fois avant sa mort que clandestinement, car ils étaient interdits de cité dans la capitale. Et tout cela constitue une sorte d’énigme. Celle du Maître et Marguerite.

Enfin, qu’est-ce qui a pu lui permettre de supporter les commissaires politiques et de rester respecté par ses amis plus opprimés que lui pour leurs engagements intellectuels, de tenir contre vents et marées et de produire en nombre considérable, dans une Union soviétique de la déraison et de la répression des idées et des actes, avec une santé dégradée par la maladie et les épreuves contre son travail, sinon de ne pas avoir cessé d’écrire pour autant qu’il risquât de na pas être systématiquement publié — et souvent il ne le fut pas, — et surtout d’avoir passé sa vie domestique à poursuivre l’écriture et la ré-écriture d’un tel roman du mal cosmique jusqu’à sa mort ? Sans doute n’émigra-t-il pas à cause de la réalisation de son amour enfin uni avec Elena Sergueïevna Boulgakova, après beaucoup d’hésitations de celle-ci à cause de ses propres enfants et de leur père ; elle l’aida à ne pas perdre patience face à un accroissement des tendances les plus dures de l’URSS qui n’étaient pas que le fait du dictateur au pouvoir mais aussi de l’appareil qu’il avait mis en place — et d’ailleurs qui le fera assassiner finalement. Avec Banga c’est peut-être l’idée que le temps des cerises reviendra, quoiqu’il s’agît des retrouvailles avec son maître Pilate et non d’une liberté existentielle. Qui est domestiqué restera domestique — à savoir que l’humanité domestiquée n’est pas pour autant l’humanité soumise, mais l’humanité philosophique (le peuple philosophe).

En pleine actualité du carnavalesque, pour le retournement des valeurs avec l’évènement de la révélation de la face cachée des choses, mais encore le retournement de toutes les valeurs humanistes en problématique binaire après la mise en orbite de la dialectique, voici ce livre du repli subversif qui explose maintenant.

Si Boulgakov échaudé par la guerre civile commence à émerger par l’écriture et le journalisme en 1920, plutôt que soigner, au moment où le parti bolchévique exclut les tendances et Lénine fonde la dictature sur la politique de défense de la révolution, c’est la première terreur, l’écriture du Maître et Marguerite commence huit ans plus tard l’année où Staline se débarrasse définitivement de la droite social-démocrate et de Trotsky, et se lance dans l’éradication de la classe paysanne (à la fois les coopératives anarchistes, les agriculteurs nomades, et les agriculteurs propriétaires des koulaks). Engagement au crédit d’une industrialisation visant à développer le prolétariat référentiel de la dictature, comme un moyen contre l’idéologie droitière autant que contre la ruine économique, mais aux dépens d’une collectivisation rurale devant payer un lourd tribu pour alimenter la population des villes et les ouvriers, les paysans restant sans moyens de nourrir le cheptel ni de faire produire la terre. S’installent dès 1929 les conditions techniques inadaptées à la vie et à la production des ressources vitales qui redoublant la famine de 1920 feront plus de six millions de morts entre 1930 et 1931, (en même temps que commence la Grande Purge, jusqu’à la Grande Terreur en 1937 et 1938). Quand Boulgakov met la dernière main à son livre exubérant sur et dans le « mal », l’année de sa mort, en 1940, il sait — il est dans — le tout sur le tout, d’où, en supplément pour nous, son auto-critique à travers la situation du poète dans l’ouvrage.

Ouvrage de toutes façons « par-delà le bien et le mal », et qui en situe l’impact particulier et collectif de part et d’autre d’un système politique qui renvoie à d’autres systèmes productivistes plus monstrueux encore dans les mêmes années, comme de l’injustice et de la subtilisation des droits sous la taylorisation de la valeur financière et les stratégies mondiales de la planète de nos jours, qui comptent déjà leurs millions de victimes et de morts, et leurs martyrs, sous nos propres pieds. Étrange Internationale du néo-libéralisme que Marx n’avait pas prévue au terme du dépérissement de l’État dans la société de l’égalité et de la justice enfin réalisée par la production des richesses, qui devait — disait-on aux militants qui osaient poser la question devant leurs groupes — résoudre la dictature du prolétariat.

Plus de dix ans de déraison exterminatrice — utopiste — soviétique pour nous donner patience vers le pire de la non utopie dans la tragédie scandaleuse et sanglante de la bêtise au pouvoir cupide du monde autrement déraisonné du néo-libéralisme néo-conservateur (y compris les socialistes), où nous vivons aujourd’hui — où, détrompons-nous, les petits arrangements economico-militaro-financiers industriels très singuliers de la France, et ses conséquences sociales locales et internationales, ne sont encore que pionniers, plutôt qu’apparemment suivistes d’autres arrangements du même ordre qui en sont pourtant le symbole actif et le support planétaires.


© Andrei Nabokov 2007
Mikhaïl Boulgakov Le Maître et Marguerite (chap. VII)
Illustration pour l’édition
Michael Karpelson / Lulu Press (2006)
Source graphic.org.ru


Il y a dans ce livre si actuel en l’action exécutive de la loyauté, de l’ordre et du désordre, de la trahison, de la violence, de la passion, des choses imprévisibles, du pouvoir et de son mode d’exercice, du meurtre, des morts et des vivants, qu’il s’y trouve aussi l’action exécutive des animaux particulièrement émergente dans l’histoire [10]. Vient de paraître Anima (2012) [11], grand polar de Wajdi Mouawad (lui aussi un dramaturge) qui donne aux animaux le premier plan des voix, où le chat tient le gros plan, quoique dans un autre rôle que le Béhémoth de Boulgakov. Des animaux « domestiques » — non exécutés (ce ne fut pas le cas du cheptel d’élevage qui faute de pouvoir être alimenté pour produire industriellement la nourriture fut dévoré par la population rurale en pleine famine), comme les intellectuels échappant à la répression des gestionnaires absolutistes des lois imbéciles, et le peuple survivant sous leur joug.

Sans parler des sorcières qui de nos jours rodent encore par millions autour des balais partout dans le monde où l’aspirateur n’a pas déjà fait le vide, à craindre : l’irrépressible opportunité des actes déraisonnables du chat Béhémoth, dont on ne se méfie pas sous l’aspect familier, et l’indomptable patience prédictible du chien Banga, à tort sous-estimée.

Louise Desrenards



Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, traduction en français de Claude Ligny, 1967 - libre de droits ; 334 pages ; téléchargement intégral et référence en ligne (2006) : ebooks libres et gratuits. La RdR, Elisabeth Poulet (lecture, structure de la publication, résumés), Louise Desrenards (animation éditoriale et installation), Régis Poulet (illustration et bio-bibliographie de l’auteur) - avec une présentation et une postface inédites de Hélène Châtelain (la postface à venir au cours du mois suivant) ; publication intégrale en série d’un épisode par jour à partir du 22 janvier 2013 : 1, 2, 3, 4, 5.

Epilogues dialogiques - à propos de Boulgakov et de Maïakovski (La RdR).

P.-S.

- Le Maître et Marguerite @ fr.wilipedia

- Présentation et préface d’Hélène Châtelain avec le premier épisode dans La RdR :
Le Maître et Marguerite (1) - Rencontre avec Satan.

- Le logo est extrait des propositions iconographiques de Wolfgang Hutter, artiste thématique choisi par l’un d’entre nous — l’équipe d’édition en série de cet ouvrage — pour illustrer la publication du Maitre et Marguerite, dans la RdR.

- En anglais, la revue de Kris sur l’ouvrage (Kris’ Review) : “Unlocking the Meaning of The Master and Margarita”, (Libérer le sens du Maître et Marguerite), in goodreads.com.

Notes

[1La première édition du Festin nu parut en 1959 à Paris où William Burroughs était venu du Maroc depuis 1956 (et où le rejoignirent Jack Kerouac et Allen Ginsberg), chez Olympia Press, éditeur anglophone publiant d’une part des livres érotiques et d’autre part des livres d’avant-garde parmi lesquels Lolita de Nabokov et la trilogie française de Samuel Beckett. La présence politique et culturelle du parti communiste français soutenu par des artistes et des écrivains de renom et qui avait été associé au gouvernement de la Libération explique que même en pleine rigidité stalinienne et en pleine guerre froide des informations sur les écrivains soviétiques en activité arrivaient jusqu’ici ; mais aussi et surtout concernant les écrivains opprimés, par les écrivains russophones émigrés à Paris et à Londres de longue date, comme Vladimir Nabokov et Arthur Adamov.

[2La nouvelle Mophine est souvent attribuée à l’ouvrage de M. Boulgakov paru en 1925 et 1926, Les Récits d’un jeune médecin, mais à tort ; en réalité elle n’avait pas été écrite pour faire partie de ce recueil et avait paru une année plus tard :
 « Les Récits d’un jeune médecin occupent dans l’œuvre de Bulgakov une place paradoxale. Parus en 1925-1926, ils furent parmi ses tout derniers textes à voir le jour de son vivant (seuls devaient suivre J’ai tué et Morphine, qui ne font pas partie de ce cycle, mais s’y rattachent thématiquement). Encore était-ce un jour bien peu littéraire, puisqu’à l’exception de la Gorge en acier (Staľnoe gorlo), c’est dans la revue professionnelle le Travailleur médical (Medicinski robotnik) qu’ils furent publiés. Quant au recueil qui y était annoncé, il ne devait voir le jour que trente-sept ans plus tard. Il s’agit cependant de textes dont l’origine remonte à la fois aux plus anciens projets d’écriture de Bulgakov et à ses débuts dans une profession — la médecine — à laquelle il avait en 1921 définitivement renoncé pour se consacrer à la littérature.
 Ce décalage rend l’œuvre d’autant plus difficile à situer qu’en l’absence de tout manuscrit, on ne sait pas grand chose de sa genèse. La première variante des Récits date vraisemblablement de 1917-1918 : selon le témoignage de Tatiana Kisel’gof-Lappa, la première femme de l’écrivain, c’est à Vjaz’ma que Bulgakov commença à écrire plus ou moins régulièrement. [...]
 »
Laure Troubetzkoy, Récits de deux médecins : Veresaev et Bulgakov ; in : Revue des études slaves, Tome 65, fascicule 2, 1993. pp. 253-262 (publié sur Internet dans le site Persée).

[3En France : Récits d’un jeune médecin, suivi de Morphine et Les aventures singulières d’un docteur, de Mikhaïl Boulgakov, traduit par Paul Lequesne, est accessible en Livre de Poche (nouvelle édition du 1er janvier 1996), sur fr.amazon. Une version publiée par les éditions Mille et Une Nuits (Fayard) en 1997 et 2010, dans une traduction et une postface libres de droit de Michel Parfenov, numérisée avec le concours du CNL, devrait théoriquement être en libre accès dans le site gallica. Sur cette nouvelle il existe une recension intéressante par l’écrivain de la médecine et de la maladie, Gérard Danou — alors qu’il était médecin au Centre Hospitalier de Gonesse, en 2002 (site Réseau Synergie - ville / hôpital).

[4Sur la convention corporatiste du statut de l’écriture professionnelle par rapport à l’amateurisme littéraire il conviendrait de réfléchir autrement à propos des médecins écrivains (autant que sur les diplomates écrivains et poètes) dans les littératures russe/soviétique et européenne modernes, d’Anton Tchekov à André Breton et à Céline en passant par Arthur Schnitzler, pour ne citer que les médecins à l’instar du fictionnel Docteur Faust ; et pour ne citer que quelques noms de diplomates français, disons Stendhal, Saint John Perse, Jean Giraudoux, Victor Segalen, Paul Claudel...

[5M. Boulgakov devait peut-être son addiction à l’obligation de se soigner avec un anti-inflammatoire puissant contre les crises violentes d’une allergie qu’il avait contractée lors d’une trachéotomie pour sauver une enfant (version auto-fictionnelle du docteur Poliakov dans Morphine, (Mille et Une nuits) — et la seconde version : « à la suite d’une allergie au sérum antidiphtérique dont il a été soulagé par des injections de morphine. » (Mikhaïl Boulgakov, fr.wiipedia). La diphtérie est une angine qui provoque l’asphyxie par obstruction quand elle affecte le larynx ; dans ce cas l’intervention médicale d’urgence est la trachéotomie, pour ouvrir une voie respiratoire ; quant au traitement, il consiste à injecter du sérum antidiphtérique. Ce sérum, (liquide sanguin nettoyé de ses cellules et de ses protéines de coagulation) dit équin - parce qu’extrait du sang du cheval - était/est souvent mal toléré (provoquant des troubles de rejet immédiats, parfois par simple contact, allergies qui sous une forme aggravée pouvaient avoir des effets mortels). Boulgakov parvint à vaincre son addiction grâce à la méthode du sevrage, par le dosage dégressif des injections pratiquées sur lui selon son accord par son épouse, avec la vigilance de son beau-père, durant le printemps 1918.

[6La présentation d’Hélène Châtelain est l’entête du premier épisode de cette publication : Le Maître et Marguerite (1) - Rencontre avec Satan (op.cit.).

[7Pour mémoire, le 2 février est le jour où l’on retourne les crêpes en les faisant sauter avec brio au-dessus de la poêle, et tenant un louis (ou une bague ou une simple alliance ou autre mais :) en or, dans la main experte qui tient la queue de l’instrument (honni soit qui mal y pense).

[8Si l’édition de Bouquins, Robert Laffont, en 1993 du livre de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, n’est plus ré-éditée depuis une décennie, par contre il existe une multiplicité de versions en éditions de poche sans mention du nom des traducteurs ; une des éditions accessibles est celle de 2003 chez Pocket, col. Classiques, en librairie et dans le site fr.amazon. Une version Pocket signée Claude Ligny et datée de 1994 est encore en vente d’occasion dans le même site. En 1999 le scénariste Jean-Claude Carrière a fait une adaptation théâtrale avec Lisa Wurmser publiée dans L’Avant-Scène.

[9La garde blanche est une fiction sur fond d’auto-biographie de Mikhaïl Boulgakov, qui avait été réquisitionné par l’armée nationaliste et avait participé à la défense de Kiev contre les rouges, avant d’intégrer le parti bolchévique.

[10Dans la compagnie familière de son arbitraire cruauté le chat Béhémoth pourrait être une figuration de Staline vu par Boulgakov. Mais il serait aussi le double familier de l’écrivain et surtout du poète, dans son désespoir ironique sa jouissance et sa sauvagerie — le poète parmi le peuple étant distingué par le chat.

[11Anima, col. Babel, éd. Leméac / Actes Sud (2012). (voir et écouter le romancier s’expliquer sur son livre).

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  • "après qu’il rencontrât le succès au Festival d’Avignon, mais encore une fois pour une élite internationale : vient enfin le moment où cette performance va être représentée dans un espace plus « démocratique » à Paris (dans la région parisienne — en banlieue — pour être plus précis)"

    J’aime beaucoup votre revue mais ce genre de remarque me hérisse le poil. Elle sent le bon cliché qui fera plaisir au lecteur et le maintiendra dans ces caricatures si rassurantes : "l’élite internationale" contre l’espace démocratique d’une banlieue parisienne. Fainéantise intellectuelle ou nécessité de se rouler de temps en temps dans la boue tiède et réconfortante des préjugés ?
    Je vous invite à vous renseigner sur l’élite internationale du Festival d’Avignon et de la comparer au « démocratique public » de la MC93. Je suis sur que vous serez très surpris.
    Je vous invite aussi à réfléchir sur l’opposition entre un Festival international de Théâtre en province avec sont "élite" (ce nom seul sent déjà le complot, l’oligarchie...) et la démocratie. Ce n’est pas une réponse simple et elle est au cœur de bien des questionnement sur le sens de la culture, mais elle mérite un peu mieux que vos étiquettes démagogiques et des jugements à l’emporte pièce, je pense.
    Mais nous pouvons en discuter.
    Bien à vous,
    Duane

    • Alors chaque éditorialiste étant responsable de ses forums j’aurais pu ne pas passer votre commentaire, parce que vraiment fournir un tel boulot gratuitement (personne n’est payé dans la revue et pour autant nous avons le scrupule de faire des heures de recherche, pour un accès non moins gratuit à la connaissance) or se faire traiter de cette façon me provoque plus qu’un hérissement de poils ; je trouve cela odieux (vulgaire haineux et sous-informé). Je ne parle pas de mes éditos je parle du travail énorme que nous faisons sur ces contenus.

      Vous auriez pu avoir une façon de le dire qui ne soit pas désobligeante et plus relative par rapport à l’ensemble de ma prestation. Si la formulation pouvait être davantage développée pour éviter que les lecteurs se méprennent sur sa cible, il est étrange que vous n’ayez projeté que ce qui pouvait réduire cette remarque à quelque chose qui pût provoquer de la haine, au lieu de chercher à comprendre ce que cela pouvait bien dire d’autre.

      Maintenant chère madame, sachez que tout est relatif. Avignon ne peut pas agrandir ses espaces majeurs pour les rendre accessibles à un public populaire — à cause de la dimension des espaces (à commencer par le palais des papes où sont donnés les spectacles les plus prestigieux), et des coûts (les voyages des acteurs et du matériel coûtent cher aux organisations, aujourd’hui). compte tenu du nombre relativement faible des places ce qui accroît les prix à l’unité.

      Concernant le public, quand il faut retenir si longtemps à l’avance, et avoir un budget de théâtre qui endosse le prix des places, le voyage, et l’hébergement, bien sûr pour des parisiens de la vieille ville ou de la périphérie aller à Bobigny ne suppose pas une dépense comparable à celle d’aller Avignon. Idem pour d’autres villes, a fortiori pour les villes plus au nord d’où l’on ne viendrait pas davantage à Bobigny à cause des frais de transport et d"hébergement à prévoir en plus ; ça tombe sous le sens. Donc il faut vraiment avoir l’esprit retord — ou court de vue — pour avoir négligé cette donnée de base, dans un commentaire en réponse à ma remarque éventuellement pas assez développée sur le pourquoi et le comment, d’où le malentendu, mais surement pas un jugement sur Avignon. C’est vous qui êtes dans le cliché sur la rédactrice, madame.

      Quant au populaire : pour la population en pleine crise, rien ne vaut mieux aujourd’hui qu’une tournée dans plusieurs villes. Mais ce ne seront de toutes façons pas les smicards ni les gens plafonnés au revenu minimum (900 euros par mois et par personne — c’est-à-dire 50% de la population active et/ou indemnisée à la fin de 2013 selon l’indice officiel des journées de la pauvreté cette année), qui peuvent se payer le spectacle des performances même s’ils aiment ça. Donc oui je persiste et signe sur le fait que ce public doive être forcément un public d’initiés — une élite, — serait-il un public nanti ou un public plus populaire (organisé spécialement pour ça) — d’amateurs de théâtre notamment avant-gardiste, donc déjà informés sur la qualité expérimentale ou cultivée des créations.

      L’avantage d’une salle comme MC93 c’est que de trois séances prévues au départ à partir du 2 février ça peut évoluer jusqu’au 9 pour se rapprocher de la demande. Ce qui ne peut absolument pas se faire dans le cadre d’un festival international comme celui d’Avignon, où tout est compté, les disponibilités, les dates, les places, etc. même si c’est compté aussi dans une salle comme celle de Bobigny, concernant les coûts et les disponibilités des artistes, de l’espace — et de ses techniciens — cela va sans dire.

      La seconde chose, vous vous méprenez sur ce que j’ai dit dans la mesure où ce n’était nullement une critique du festival d’Avignon en tant qu’institution (elle fait ce qu’elle peut de mieux), que j’apprécie énormément quant aux spectacles ou aux performances qui y sont présentés, et qu’il serait de l’effet d’un bombe nucléaire — ne serait-ce que d’imaginer — qu’il n’existe plus. Et d’autant plus après qu’à une époque nous nous soyons battus pour le sauver (moi comprise) j’ai un peu de cohérence, et même si la plupart de temps je fais partie des exclus des grands spectacles.

      Oui, la possibilité de prévoir mes propres disponibilités et les prix sont incompatibles avec ma vie quoique je puisse être amateurE, et pas parmi les pauvres mais déjà avec un revenu insuffisant. Donc je parle d’où je me trouve et pas à la place des autres comme vous voudriez m’y assigner.

      Quand des amis y présentent des travaux de création officiellement donnés dans ce cadre, s’ils m’invitent, j’y vais (je n’ai plus qu’à résoudre la question du voyage et de mon logement et cette année, par exemple, malgré une invitation je n’ai pas trouvé le reste de la ressource indispensable pour l’honorer).

      Enfin, vous n’avez vraiment pas de chance car j’ai un âge qui m’a autorisée à aller au TNP à Paris et à Avignon dans ce cadre, dans les années 60, puisque c’était alors Jean Vilar qui le dirigeait. Alors pardonnez moi mais le théâtre populaire je l’ai connu, et même celui de Planchon à Lyon, je suis de la génération des MJC, et c’était tout autre chose quand les places étaient en partie payées par les syndicats (et les voyages organisés par les comités d’entreprise) et les caisses des lycées en province, et les salles municipales en partie payées par les municipalités et aidés par l’Etat — y compris les budgets de maintenance — dans des villes comme Bourges par exemple, où avaient également lieu les tournées des Jeunesses musicales. Quant à Paris, les ouvriers arrivaient des banlieues à Paris par bus entiers pour aller au TNP (je l’ai vu de mes yeux).

      Y compris pour aller à Avignon : l’organisation du transport et de l’hébergement étaient également principalement organisés de cette façon pour le public populaire.. Bien sûr les premiers rangs étaient toujours prestigieux (à commencer surtout par les professionnels), mais les gradins portaient suffisamment de travailleurs et de gens de condition modeste pour dire que c’était un public populaire.

      Vous voyez j’ai pris la peine de vous répondre poliment ; donc répondre par des insultes à un commentaire infamant, et insultant, dont je ne relèverai même pas des citations tellement elles dénotent de mépris et d’incompréhension, tant sur la référence qu’elle prétend défendre en ignorant son histoire, que sur le malentendu de la critique qui avait été portée... n’est pas mon genre.

      Ma critique ne portait ni sur l’organisation ni sur la programmation d’Avignon — en toute logique : puisque la performance de Simon McBurney avait été présentée en France en premier lieu au Festival d’Avignon, aux programmations la plupart du temps toujours exceptionnelles.

  • Alors chaque éditorialiste étant responsable de ses forums j’aurais pu ne pas passer votre commentaire, parce que vraiment fournir un tel boulot gratuitement (personne n’est payé dans la revue et pour autant nous avons le scrupule de faire des heures de recherche, pour un accès non moins gratuit à la connaissance) or se faire traiter de cette façon me provoque plus qu’un hérissement de poils ; je trouve cela odieux (vulgaire haineux et sous-informé). Je ne parle pas de mes éditos je parle du travail énorme que nous faisons sur ces contenus.

    Vous auriez pu avoir une façon de le dire qui ne soit pas désobligeante et plus relative par rapport à l’ensemble de ma prestation. Si la formulation pouvait être davantage développée pour éviter que les lecteurs se méprennent sur sa cible, il est étrange que vous n’ayez projeté que ce qui pouvait réduire cette remarque à quelque chose qui pût provoquer de la haine, au lieu de chercher à comprendre ce que cela pouvait bien dire d’autre.

    Maintenant chère madame, sachez que tout est relatif. Avignon ne peut pas agrandir ses espaces majeurs pour les rendre accessibles à un public populaire — à cause de la dimension des espaces (à commencer par le palais des papes où sont donnés les spectacles les plus prestigieux), et des coûts (les voyages des acteurs et du matériel coûtent cher aux organisations, aujourd’hui). compte tenu du nombre relativement faible des places ce qui accroît les prix à l’unité.

    Concernant le public, quand il faut retenir si longtemps à l’avance, et avoir un budget de théâtre qui endosse le prix des places, le voyage, et l’hébergement, bien sûr pour des parisiens de la vieille ville ou de la périphérie aller à Bobigny ne suppose pas une dépense comparable à celle d’aller Avignon. Idem pour d’autres villes, a fortiori pour les villes plus au nord d’où l’on ne viendrait pas davantage à Bobigny à cause des frais de transport et d"hébergement à prévoir en plus ; ça tombe sous le sens. Donc il faut vraiment avoir l’esprit retord — ou court de vue — pour avoir négligé cette donnée de base, dans un commentaire en réponse à ma remarque éventuellement pas assez développée sur le pourquoi et le comment, d’où le malentendu, mais surement pas un jugement sur Avignon. C’est vous qui êtes dans le cliché sur la rédactrice, madame.

    Quant au populaire : pour la population en pleine crise, rien ne vaut mieux aujourd’hui qu’une tournée dans plusieurs villes. Mais ce ne seront de toutes façons pas les smicards ni les gens plafonnés au revenu minimum (900 euros par mois et par personne — c’est-à-dire 50% de la population active et/ou indemnisée à la fin de 2013 selon l’indice officiel des journées de la pauvreté cette année), qui peuvent se payer le spectacle des performances même s’ils aiment ça. Donc oui je persiste et signe sur le fait que ce public doive être forcément un public d’initiés — une élite, — serait-il un public nanti ou un public plus populaire (organisé spécialement pour ça) — d’amateurs de théâtre notamment avant-gardiste, donc déjà informés sur la qualité expérimentale ou cultivée des créations.

    L’avantage d’une salle comme MC93 c’est que de trois séances prévues au départ à partir du 2 février ça peut évoluer jusqu’au 9 pour se rapprocher de la demande. Ce qui ne peut absolument pas se faire dans le cadre d’un festival international comme celui d’Avignon, où tout est compté, les disponibilités, les dates, les places, etc. même si c’est compté aussi dans une salle comme celle de Bobigny, concernant les coûts et les disponibilités des artistes, de l’espace — et de ses techniciens — cela va sans dire.

    La seconde chose, vous vous méprenez sur ce que j’ai dit dans la mesure où ce n’était nullement une critique du festival d’Avignon en tant qu’institution (elle fait ce qu’elle peut de mieux), que j’apprécie énormément quant aux spectacles ou aux performances qui y sont présentés, et qu’il serait de l’effet d’un bombe nucléaire — ne serait-ce que d’imaginer — qu’il n’existe plus. Et d’autant plus après qu’à une époque nous nous soyons battus pour le sauver (moi comprise) j’ai un peu de cohérence, et même si la plupart de temps je fais partie des exclus des grands spectacles.

    Oui, la possibilité de prévoir mes propres disponibilités et les prix sont incompatibles avec ma vie quoique je puisse être amateurE, et pas parmi les pauvres mais déjà avec un revenu insuffisant. Donc je parle d’où je me trouve et pas à la place des autres comme vous voudriez m’y assigner.

    Quand des amis y présentent des travaux de création officiellement donnés dans ce cadre, s’ils m’invitent, j’y vais (je n’ai plus qu’à résoudre la question du voyage et de mon logement et cette année, par exemple, malgré une invitation je n’ai pas trouvé le reste de la ressource indispensable pour l’honorer).

    Enfin, vous n’avez vraiment pas de chance car j’ai un âge qui m’a autorisée à aller au TNP à Paris et à Avignon dans ce cadre, dans les années 60, puisque c’était alors Jean Vilar qui le dirigeait. Alors pardonnez moi mais le théâtre populaire je l’ai connu, et même celui de Planchon à Lyon, je suis de la génération des MJC, et c’était tout autre chose quand les places étaient en partie payées par les syndicats (et les voyages organisés par les comités d’entreprise) et les caisses des lycées en province, et les salles municipales en partie payées par les municipalités et aidés par l’Etat — y compris les budgets de maintenance — dans des villes comme Bourges par exemple, où avaient également lieu les tournées des Jeunesses musicales. Quant à Paris, les ouvriers arrivaient des banlieues à Paris par bus entiers pour aller au TNP (je l’ai vu de mes yeux).

    Y compris pour aller à Avignon : l’organisation du transport et de l’hébergement étaient également principalement organisés de cette façon pour le public populaire.. Bien sûr les premiers rangs étaient toujours prestigieux (à commencer surtout par les professionnels), mais les gradins portaient suffisamment de travailleurs et de gens de condition modeste pour dire que c’était un public populaire.

    Vous voyez j’ai pris la peine de vous répondre poliment ; donc répondre par des insultes à un commentaire infamant, et insultant, dont je ne relèverai même pas des citations tellement elles dénotent de mépris et d’incompréhension, tant sur la référence qu’elle prétend défendre en ignorant son histoire, que sur le malentendu de la critique qui avait été portée... n’est pas mon genre.

    Ma critique ne portait ni sur l’organisation ni sur la programmation d’Avignon — en toute logique : puisque la performance de Simon McBurney avait été présentée en France en premier lieu au Festival d’Avignon, aux programmations la plupart du temps toujours exceptionnelles.

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